Autour de moi, 
ils sont nombreux.

Des gens compétents. 
Engagés. 
Qui aiment leur métier.

Mais qui n’en peuvent plus 
de leur emploi.

Ce n’est pas le travail qui les épuise. 
C’est ce qu’il y a autour.

En haut, une perte de la vision terrain. 
Du concret. Du réel. 
Une récurrence troublante
d’une entreprise à l’autre, 
le même schéma. 

Des process pensés 
en salle de réunion. 
Théoriques. 
Qui ne s’adaptent plus 
à la réalité du terrain. 
Alors le terrain s’adapte à eux. 
Ou fait semblant.

En haut, on parle stratégie. 
En bas, on répare.

Et entre les deux, un fossé. 
Chaque jour un peu plus large.

Alors ils tiennent. 
À 100%. 
Cinq jours sur cinq, 
ils absorbent. 
Les incohérences. 
Les tensions. 
Le poids d’un système 
qui ne les entend plus.

Ils donnent tout leur temps 
à un seul employeur.
Et cet employeur, 
qui prend toute la place.

On nous a appris que le 100%, 
c’était l’engagement.
La loyauté. 
Le sérieux. 
La sécurité.

Un seul employeur. 
Tout son temps.

Et si c’était l’inverse ?

Le 100% t’expose. 
Tu es dedans. 
Entièrement. 

Chaque tension te traverse. 
Chaque incohérence s’accumule.

Tu n’as pas de dehors. 
Pas de point de comparaison. 
Pas d’ailleurs.

Le temps partiel, 
lui, te protège. 
Non pas parce que 
tu travailles moins bien. 
Mais parce que tu fais 
qu’y passer.

Ce qui est lourd te touche. 
Mais ne t’habite pas.

Alors certains ont fait un choix.
Ne plus donner tout leur temps 
à un seul employeur.

Avoir plusieurs métiers. 
Plusieurs activités. 
Plusieurs mondes.

Il existe un mot pour ça.
Slasheur.

De l’anglais slash — la barre oblique. 
Celle qui sépare. 
Ou qui relie.

Formatrice / libraire / guide. 
Comptable / céramiste. 
Infirmier / photographe.

Plusieurs métiers. 
En même temps. 
Par choix, souvent. 
Par nécessité, parfois. 
Et parfois l’un devient l’autre.

On croit que c’est nouveau. 
C’est tout le contraire.

Pendant des siècles, 
la polyactivité était la norme. 
On était paysan et artisan. 
Saisonnier et commerçant.

C’est la monoactivité qui est récente. 
Le CDI. 
La carrière linéaire. 
Une parenthèse dans l’histoire du travail.

Le slasheur ne casse rien.
Il revient.

Ce que ça change ?
Tout.

D’abord, le regard.

Trois emplois, 
trois points de vue. 
Tu compares sans le vouloir. 
Ce qui semblait normal ici 
devient étrange vu de là-bas.

Tu restes lucide. 
Objectif. 
Aucun employeur ne peut
te faire croire
que son fonctionnement
est le seul possible.
Tu as vu ailleurs.
Tu sais.

Ensuite, la liberté.
Celle de choisir.
Celle de rester,
ou pas.

Un emploi qui ne te convient plus 
n’est plus une falaise. 
Tu peux partir. 
Sans vertige. 
Parce que deux autres tiennent.

La sécurité n’est plus dans 
la fidélité à un seul. 
Elle est dans la répartition.

Plusieurs points d’appui. 
Si l’un cède, 
tu restes debout.

Et puis, il y a tout ce que l’emploi 
à 100% avait étouffé.

Les passions. 
Les talents mis de côté. 
L’activité qui te faisait vibrer, 
rangée quelque part, 
faute de temps.

L’écriture. 
La photo. 
Le bois. 
La cuisine. 
Le soin. 

Peu importe.

À côté de l’emploi principal, 
tu peux la reprendre. 
La laisser grandir. 
La regarder devenir, 
peut-être, un métier.

Le slash n’est pas
qu’une barre entre deux jobs.

C’est également une porte
de retour vers soi.

Bien sûr,
il y aura des voix.

Celles qui diront
que c’est de l’éparpillement.
Un manque d’engagement.
Qu’on ne peut pas
bien faire
en étant partout.

C’est ce qu’on nous a appris.
Ce n’est pas ce que j’ai vu.

Alors non,
ce n’est pas donner moins.

Le slasheur fait du bon travail. 
Il donne son maximum. 
Partout où il passe.

Ce qu’il donne moins, 
c’est autre chose.

Sa santé aux incohérences. 
Son sommeil aux tensions. 
Son identité entière à un seul système.

Il travaille autant. 
Il s’use moins.

Ce modèle ne conviendra
pas à tout le monde.
Et ce n’est pas une injonction
à tout quitter.

Et si ne pas tout donner
au même endroit,
c’était justement
la meilleure façon
de durer ?

Et si la vraie loyauté,
c’était d’abord
celle qu’on se doit
à soi-même ?

Juste un regard posé, pour respirer, pour souffler. — Cathy Conciatori
#CathyConciatori | #ProfilingCode
© Cathy Conciatori – Profiling Code, 2026. Tous droits réservés.
Crédit photo : image générée par l’intelligence artificielle

#Slasheur #TempsPartiel #RapportAuTravail #Polyactivité #ViePro
#Lucidité #LibertéProfessionnelle #ÉquilibreDeVie #MondeDuTravail
#Reconversion