Il m’est arrivé de croiser mon reflet dans le miroir sans me reconnaître.
Une silhouette, un visage, un corps que je devais trimbaler – puisque qu’il était là et que je n’avais pas le choix.
Mais intérieurement, tout se passait ailleurs.
« Dans ma tête ». Dans cette vie intérieure si vaste, si dense, qu’elle pouvait faire disparaître la matière. 

Certains appellent ça être distrait en retrait.
D’autres : être dans la lune.
Moi, je dirais que j’étais ailleurs. Dans un ailleurs trop grand pour mon corps.

On m’a dit sur le tard que j’étais autiste. Tout au long de ma vie, je l’ai vécu comme ça : 
habiter un esprit vaste dans un corps trop petit et lequel une fois sur deux je le ne sentais pas.
Le monde matière m’a toujours semblé abstrait et accessoire.
Le corps, une enveloppe encombrante, qu’il fallait laver, nourrir, faire marcher, faire dormir.
« Clairement, un vrai boulet ».
À une époque, si j’avais pu me passer de lui, je l’aurais fait sans hésiter.

Je n’étais pas malheureuse – j’étais juste… séparée de ma matière là où mes émotions prennent corps et me relient au monde.
Déconnectée de la matière, immergée dans mes pensées, mes sensations, mes mondes.
Et pourtant, je suis hypersensible.
Tout est fort, tout est trop : les sons, les lumières, les odeurs, les émotions.
Mais c’est comme si je les percevais à travers un prisme, une sorte de filtre qui rend le corps flou, absent.

Ce n’est que bien plus tard que j’ai commencé à faire la paix avec lui.
À m’incarner doucement.
À accepter que je ne sois pas seulement pensée ou perception qui va plus vite que mon corps.
Qu’il fallait aussi que je sois « présence ».

Aujourd’hui, ce corps, je le sens.
Je l’habite avec plus de conscience.
Mais il m’arrive encore de me surprendre, de croiser mon reflet dans un miroir et de me demander :
« Ce visage… est-il vraiment le mien ? »

Peut-être que c’est ça aussi, être neuro-atypique :
apprendre à faire cohabiter plusieurs réalités en une seule.
À réconcilier l’esprit et la matière.
À retrouver le chemin du dedans… jusque dans la peau.

Juste un regard posé, pour respirer, pour souffler. — Cathy Conciatori
#CathyConciatori | #ProfilingCode
© Cathy Conciatori – Profiling Code, 2025. Tous droits réservés.
Crédit photo : générée par l’intelligence artificielle

#NeuroAtypie #AutismeAuFéminin #Hypersensibilité #ConnexionCorpsEsprit #IdentitéIntérieure #VieIntérieure #ÊtreAilleurs #RéalitéIntérieure #MiroirDeSoi #RenaîtreÀSoi