« Quoi que je fasse, quoi que je pense, quoi que je dise et qui que je sois, les dés sont pipés. »— Cathy Conciatori

Certaines sensations se construisent au fil du temps.

Elles prennent forme à travers une succession de décalages, de portes qui s’ouvrent puis se referment subitement, de projets qui prennent une direction étrange et absurde, de personnes qui arrivent et disparaissent comme elles sont venues, de choses qui paraissent simples chez les autres et qui, chez soi, deviennent nettement plus alambiquées.

Il s’est invité partout : dans les petits amis, les amitiés, le travail, les projets, certains événements de vie, les envies les plus simples comme les plus importantes.

Chez moi, ce vécu existe depuis l’enfance.

Avec le temps, j’ai fini par reconnaître un schéma singulier.

J’ai un plan A, mais ce sont toujours les plans B, C, D, E… qui prennent place.

Je sais pourtant ce que je veux.

Je peux le visualiser très clairement, m’y engager, essayer, recommencer, changer de stratégie, prendre un autre chemin pour arriver au même endroit : plans B, C, D, etc.

À force, on développe une forme d’habitude en modifiant sa posture intérieure.

On garde le plan A quelque part au fond de soi, mais on sait aussi que le réel possède une manière bien à lui de présenter les choses.

Au gré du parcours, cela devient franchement absurde.

À la création de mon entreprise, un commercial m’a aidée à la développer.

Durant une année, il m’a présentée à près de quarante personnes.
« Zéro retour. »

Quelques années plus tard, il m’a dit que cette expérience l’avait mis en échec. Il se considérait comme un excellent vendeur et cela ne lui était jamais arrivé.
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Il y a de nombreuses années, j’avais un appartement à vendre.

Un très joli appartement, au bon prix.

J’ai commencé par essayer seule durant deux ans. Puis quatre agences se sont succédé, chacune avec une exclusivité d’environ deux ans.

Les années ont passé.
« Onze ans au total. »

Chaque agence me répétait à peu près la même chose :
« On n’a jamais vu ça. »

Puis un jour, une dernière agence a repris le dossier.
L’appartement s’est vendu en un après-midi.

Onze ans d’attente.

Un après-midi pour conclure.

Quand ça veut pas…
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Cet absurde a aussi existé dans les choses les plus banales.

En 2007, après le décès de ma mère, je deviens propriétaire et je décide simplement de remplir la citerne de mazout.

Depuis 1951, cette citerne a toujours contenu du fioul.

Le préposé descend à la cave. Quelques instants plus tard, je l’entends hurler : il refuse catégoriquement d’y mettre une goutte de mazout. Selon lui, la citerne n’est plus aux normes depuis… 1951.

Ma mère venait de mourir.
Elle était née en 1951.

Je me souviens être restée là, complètement hébétée, avec cette seule pensée :
« Mais qu’est-ce qui s’est passé ? »

Il m’a fallu un moment avant de comprendre que le camion était reparti, que j’étais seule dans le couloir et que ma citerne était toujours à moitié vide.
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Ces trois histoires ne sont que quelques échantillons parmi une longue suite de situations absurdes, décalées ou franchement improbables.

À force d’entendre :
« Je n’ai jamais vu ça »,

j’ai fini par connaître la phrase par cœur.

À force de vivre ces situations, quelque chose se modifie intérieurement.

L’espérance reste là. Elle change simplement de forme.

Ce plan A reste au fond de soi, comme une mission.

Avec une phrase toute simple :
« Oui, peut-être. On verra. »

Et on poursuit sa vie avec les plans B, C, D… avec l’espérance en filigrane.

Quand les plans B, C, D deviennent ta vie, 
tu ne peux plus répondre simplement à cette question :
« Mais, que veux-tu vraiment ? »

La réponse devient presque :
« Veux-tu vraiment que je te réponde ? »

D’un côté, tu veux garder l’espérance.
De l’autre, tu regardes ta propre réalité.

Et dans l’instant, la réponse la plus juste reste :
« Je prends ce que la vie veut bien me donner. »

Et qui sait… cette petite voix intérieure qui te chuchote toujours : 
« Un jour, le plan A se réalisera »

Mais ça, c’est une autre histoire.

Juste un regard posé, pour respirer, pour souffler. — Cathy Conciatori
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Crédit photo : image générée par l’intelligence artificielle

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