Génération 1997-2012 : Tout remettre en question. Maintenant.

Comment une génération vit-elle le travail ?
Qu’est-ce qu’elle se permet, ou ne se permet pas ?
Qu’est-ce qu’elle transmet, souvent sans le dire, à celle qui suit ?

Cette série d’articles explore le rapport au travail des générations suisses depuis 1900 jusqu’à aujourd’hui. Chaque génération porte en elle des codes, des silences, des interdits qui façonnent notre relation collective au labeur, au repos, au corps, au temps.

Après la génération entre-deux-guerres (1900-1927),
la génération silencieuse (1928-1945),
les baby-boomers (1946-1964),
la génération X (1965-1980)
et les Millennials (1981-1996), voici la génération Z (1997-2012).

Celle qui est née dans le numérique.
Celle qui a grandi dans les crises. Sans exception.
Celle qui refuse de travailler si le sens n’est pas là d’emblée.
Celle qui remet tout en question. Les structures. Les hiérarchies. Les promesses. Les silences.

Tout & Maintenant.

Contexte société et vie quotidienne 
(1997 – 2012) 

1997
Les premiers de la génération Z naissent.
Le monde dans lequel ils arrivent est déjà en terrain numérique.

Leurs parents ont découvert Internet. 
Eux naissent dedans.
Leurs parents ont reçu leur premier téléphone portable à 15 ans. 
Eux grandissent avec un écran dans les mains dès l’enfance.

Première génération à n’avoir jamais connu un monde :   
Sans smartphone. 
Sans réseaux sociaux. 
Sans flux d’information permanent.

Ils grandissent aussi dans les crises.

2008
La crise financière mondiale. 
Ils ont entre 0 et 11 ans.
Leurs parents stressent. 
L’argent se fait rare. 
L’avenir incertain.
Ils ne comprennent pas tout. 
Mais ils sentent.

2015
Les attentats. Les réfugiés. 
La montée des tensions géopolitiques.
Ils grandissent avec les alertes terroristes.
Les débats sur l’immigration. 
Les fractures politiques.

2019-2020. 
La pandémie de Covid-19.

Elle arrive au moment crucial.
Les plus jeunes perdent des années d’école. 
Des années de socialisation. 
Des années de construction de soi.

Les plus âgés perdent leur entrée dans la vie professionnelle.
Pas de stages. 
Pas d’entretiens. 
Pas de premiers emplois.

Un marché du travail fermé. 
Des perspectives floues. 
Une incertitude totale.

Certains prolongent leurs études. 
Faute de mieux.

D’autres s’adaptent. 
Comme toujours.

Et puis le climat.
Ils ont grandi avec les images d’incendies. 
Les inondations. 
La déforestation.

Pour les générations précédentes, 
le climat était une préoccupation.

Pour eux, c’est une urgence présente.
Pas une menace future.

60% des jeunes de 16 à 25 ans se disent très inquiets 
du changement climatique
Seulement 1 Gen Z sur 10 pense que 
son gouvernement est activement engagé contre le changement climatique.

Cette angoisse, aucune génération précédente 
ne l’a connue de cette façon.

L’angoisse de la planète.
De l’avenir de la vie sur Terre.

En Suisse, les jeunes se soucient davantage 
des questions environnementales 
que toutes les générations précédentes.

Mais ils se soucient aussi du loyer. 
De la caisse-maladie. 
Des fins de mois.

30% de la Gen Z suisse indique 
que le coût de la vie est 
sa plus grande préoccupation.
Avant même le climat.

Parce qu’on peut militer pour la planète. 
Et ne pas avoir les moyens de payer son loyer ce mois-ci.

Les deux coexistent.
L’idéalisme et le pragmatisme.
L’urgence climatique et les fins de mois difficiles.

La Gen Z grandit dans cette tension permanente.
Entre ce que le monde devrait être.
Et ce qu’il est.

Rapport dominant au travail 
Ils arrivent sur le marché du travail avec des certitudes.
Pas les mêmes que leurs parents.
Les leurs.

Le sens d’abord.

96% des Gen Z jugent important d’avoir 
du sens dans leur travail.
Ce n’est pas une tendance. 
C’est une exigence.

Leurs grands-parents Baby-Boomers 
travaillaient pour vivre. 
Pour nourrir la famille. 
Pour acheter la maison.

Leurs parents Gen X 
travaillaient pour survivre. 
Pour s’adapter. 
Pour tenir.

Leurs grands frères et sœurs Millennials 
exigeaient du sens.

Eux ne négocient même pas.

Si le sens n’est pas là dès le départ, 
ils ne postulent pas.

Les valeurs de l’entreprise d’abord.
74% exigent une cohérence entre 
leurs valeurs personnelles et celles de l’entreprise.

Environnement. 
Diversité. 
Impact social. 
Transparence.

Ce n’est plus une case à cocher dans un rapport annuel.
C’est un critère de sélection.

Une entreprise qui pollue. 
Qui discrimine. 
Qui pratique le « greenwashing »,
ces beaux discours verts sans actes.

Ils le savent immédiatement.

Ils ont grandi avec Internet. 
Avec la vérification instantanée. 
Avec les réseaux sociaux qui exposent tout.

Ils n’hésitent pas à refuser un poste 
dans une entreprise dont les engagements 
sont jugés insuffisants.

Même pour un salaire plus élevé.

Le « quiet quitting ».
La démission silencieuse. 
Rester. 
Mais faire ce qui est demandé. 
Rien de plus, rien de moins.

Ce mot est apparu avec eux.

Un rejet conscient de la performance à tout prix.
Cette culture qui exige d’aller toujours au-delà. 
De se donner à 150%. 
De sacrifier ses soirées, 
ses week-ends, 
sa santé.

Les Gen X s’y sont épuisés.
Les Millennials ont commencé à la refuser.

Eux l’ignorent d’emblée. Par lucidité.

Si l’entreprise ne reconnaît pas 
l’effort supplémentaire, 
pourquoi le fournir ?

Le nomadisme professionnel.
Changer d’emploi tous les deux ou trois ans.
Ce n’est plus un signe d’instabilité.
C’est une stratégie.

La loyauté n’est plus acquise à l’entreprise.
Elle est acquise à soi-même. 
À son propre développement. 
À ses propres objectifs.

47% des Gen Z en Suisse envisagent de 
quitter leur poste actuel dans les six prochains mois.

Ce chiffre choque les managers.
Mais il est logique.

Pourquoi rester dans une entreprise 
qui ne correspond pas à ses valeurs ? 
Qui ne reconnaît pas le travail ? 
Qui ne permet pas de grandir ?

Leurs parents auraient peut-être attendu.
Eux partent.

La promotion rapide.
70% des Gen Z attendent une promotion 
dans les 18 premiers mois.
Cela choque aussi.

Mais c’est cohérent avec leur rapport au temps.
Ils ont grandi dans l’immédiateté. 
Dans le feedback instantané. 
Dans les likes qui arrivent en secondes.
Pourquoi le travail serait-il différent ?

Ils veulent savoir rapidement s’ils progressent. 
S’ils ont de la valeur. 
S’ils sont au bon endroit.

Pas dans dix ans. 
Maintenant.

La flexibilité comme condition.
70% des 18-28 ans considèrent 
la flexibilité des horaires 
comme un critère déterminant.

Télétravail. 
Horaires flexibles. 
Autonomie dans l’organisation.

Pas comme un avantage, 
mais comme une évidence.

Ils ont testé les études en ligne. 
Depuis chez eux.
Pendant le Covid. 

Ils ont prouvé qu’on peut travailler autrement.
Pourquoi revenir en arrière ?

La sécurité paradoxale.
Ils changent souvent d’emploi. 
Ils refusent les compromis. 
Ils partent vite.

Et pourtant.

Ils considèrent la sécurité de l’emploi 
comme une priorité absolue.

Ce paradoxe n’en est pas un.

Ils veulent de la sécurité. 
Mais pas au prix de leurs valeurs.
Pas au prix de leur santé mentale.
Pas au prix de leur vie.

Ils cherchent un emploi stable. 
Qui ait du sens. 
Dans une entreprise alignée avec leurs convictions.

Si cet emploi n’existe pas ici, 
ils cherchent ailleurs.
Jusqu’à ce qu’ils le trouvent.

Rapport au temps
Le temps s’est fragmenté.
Les Millennials l’avaient déjà vu s’accélérer.
La Gen Z naît dans cette accélération.
Et elle va encore plus loin.

TikTok. 
Instagram Reels. 
YouTube Shorts.

Des plateformes qui ont changé
quelque chose de fondamental.
Pas seulement le divertissement.

Le rapport au temps lui-même.

Avant, on choisissait ce qu’on regardait.
Maintenant, l’algorithme décide.
Un flux continu. 
Sans début. 
Sans fin.

Des vidéos de 15 secondes à 3 minutes.
Si dans les trois premières secondes 
tu n’es pas accroché.
Tu scrolles.

L’attention se raccourcit.
Le cerveau s’est adapté.
À un monde qui demande une réponse immédiate.
Tout le temps.

Et l’information dans tout ça ?

Elle arrive entre deux danses.
La guerre en Ukraine. 
Une recette. 
Un tremblement de terre. 
Un chat.

Tout défile. 
Tout se vaut. 
Tout s’oublie.

L’information n’est plus hiérarchisée.
Elle entre. 
Elle flotte. 
Elle disparaît.
Remplacée par la suivante.

Avant, le journal télévisé 19h30 structurait le temps.
Un présentateur. 
Des sujets. 
Un début. 
Une fin.

Le cerveau avait le temps :
De ressentir.
D’assimiler.

Avec TikTok, il n’y a que le flux.
Et le flux ne s’arrête jamais.
Le temps devient vertical.

Le contenu défile. 
Sans fin. 
Sans direction.

Le présent absorbe tout.

Les Baby-Boomers pensaient en décennies.
La Gen X pensait en années.
Les Millennials pensaient en mois.
La Gen Z pense en jours. Parfois en heures.
Une tendance dure 48 heures.
Puis une autre arrive.

Le futur devient abstrait.
Difficile de se projeter à 20 ans 
quand le monde change toutes les 48 heures.
Difficile de planifier une carrière longue 
quand rien n’est stable.
Difficile de croire aux promesses à long terme 
quand tout va si vite.

Alors ils vivent maintenant.
Par adaptation.

Le temps du travail se fragmente aussi.
Pas de carrière longue. 
Pas de plan sur vingt ans.

Des expériences. 
Des projets. 
Des étapes.

Chaque poste est une séquence.
Utile. 
Apprenante. 
Limitée dans le temps.
Puis on passe à autre chose.

Le temps de la patience s’est raccourci.
Parce que leur rapport au temps est différent.

Fondamentalement différent.
De toutes les générations qui les ont précédés.

Rapport au corps et à la fatigue 
Le corps est assis.
Depuis l’enfance.
Devant un écran. 

Pas huit heures par jour comme leurs parents.
Tout le temps.

L’école sur écran. 
Les amis sur écran. 
Les loisirs sur écran. 
Le travail sur écran.

Un corps qui ne bouge presque plus.
Mais un cerveau qui ne s’arrête jamais.

La fatigue de la Gen Z n’est pas physique.
Elle est mentale. 
Cognitive. 
Émotionnelle.

Une fatigue nouvelle. 
Profonde. 
Permanente.

La fatigue numérique.
Des heures d’écran depuis l’enfance. 
Des notifications constantes. 
Un flux d’informations incessant.

Le cerveau traite. 
Sans cesse. 
Sans repos.

Le soir, ils posent leur téléphone.
Mais l’esprit reste allumé.

Une génération qui dort mal.
Qui récupère mal.

La santé mentale en crise.
Seulement 51% des Gen Z considèrent 
que leur santé mentale est bonne.
40% se sentent stressés tout le temps 
ou la plupart du temps.
7 jeunes sur 10 se disent touchés par l’anxiété.

En Suisse, plus de 30% des jeunes travailleurs 
ressentent un épuisement émotionnel important.

Ces chiffres sont sans précédent.
Aucune génération précédente n’a connu
ces niveaux d’anxiété.

Une anxiété diffuse. 
Permanente. 
Sans objet précis.

L’anxiété du flux.
Trop d’informations. 
Trop vite. 
Trop de tout.
Sans temps d’assimilation. 
Sans espace pour souffler.

L’éco-anxiété s’ajoute.
Ils ont grandi avec les images 
de la planète qui brûle.
Les rapports scientifiques alarmants. 
Les catastrophes climatiques en direct sur leurs écrans.

Cette angoisse-là ne part pas.
Elle s’installe. 
Elle s’accumule.

Est-ce que la planète sera encore habitable
dans trente ans ?
Est-ce que ça vaut la peine de faire des projets
à long terme ?Des questions que leurs parents
ne se posaient pas à 20 ans.

Eux si.

Et ils parlent.
C’est peut-être la plus grande différence 
avec les générations précédentes.

Leurs grands-parents Baby-Boomers
serraient les dents.
Leurs parents Gen X tenaient en silence.
Leurs frères et sœurs Millennials
ont commencé à nommer.

Eux nomment. 
Ouvertement. 
Sans honte.

Burn-out. 
Anxiété. 
Dépression. 
Éco-anxiété.

En parler n’est plus une faiblesse.
C’est une nécessité.

Ils consultent des psychologues. 
Ils prennent des arrêts maladie. 
Ils posent des limites.

La santé mentale n’est plus un tabou.
C’est une priorité.

Le corps comme refuge.
Face à cette fatigue mentale permanente, 
ils cherchent des ancres physiques.
Le sport. 
Le yoga. 
La méditation. 

Des moments où le corps reprend le dessus.

Parce que le corps dit ce que le cerveau 
n’arrive plus à formuler.

J’ai besoin de silence.
J’ai besoin de lenteur.
J’ai besoin d’être là. 
Vraiment là.

Ce qu’elle transmet (sans le dire)
Elle transmet l’exigence absolue.
Sans compromis. 
Sans négociation.

Le sens ou rien.
Les valeurs ou rien.
L’alignement ou rien.

Elle transmet que le travail doit mériter ta vie.
Pas l’inverse.

Elle refuse de travailler si le sens n’est pas là
d’emblée.

Ce message passe.
Aux entreprises. 
Aux managers. 
Aux recruteurs.
Qu’on le veuille ou non.

Elle transmet la parole sur la santé mentale.
Elle parle. 
Ouvertement. 
Systématiquement.

Et en transmettant cette parole, 
elle change quelque chose.

Elle dit aux générations suivantes :
Nommer ce qu’on ressent n’est pas une faiblesse.
C’est un acte de lucidité.

Elle transmet le droit de partir.
Partir d’une entreprise qui ne correspond pas.
Partir d’un poste sans sens.
Partir sans culpabilité.
Sans attendre vingt ans pour le faire.

Et en partant, 
elle dit quelque chose d’important.

Ma vie vaut plus que ta structure.

Elle transmet le scepticisme radical.

Elle a vu les institutions promettre. 
Et ne pas tenir.
Les gouvernements parler. 
Et ne pas agir.
Les entreprises afficher des valeurs. 
Et ne pas les incarner.

Alors elle ne croit plus automatiquement.
Elle vérifie. 
Elle questionne. 
Elle cherche les preuves.

Et elle transmet cette méfiance lucide 
aux générations suivantes.
Ne crois pas. 
Vérifie.

Elle transmet l’urgence climatique 
comme priorité absolue.
Pas comme un sujet politique.

Comme une réalité quotidienne.

Elle choisit ses employeurs en fonction 
de leur impact environnemental.
Elle boycotte les entreprises climaticides.
Elle fait pression sur son entourage. 
Sur ses managers. 
Sur les décideurs.

54% des Gen Z font pression sur leur employeur 
pour qu’il prenne des mesures contre le changement climatique.
Ce n’est plus une option.
C’est une condition.

Elle transmet des contradictions.
Elle revendique l’équilibre. 
Mais elle est hyperconnectée.
Elle défend l’environnement. 
Mais elle commande en ligne. 
Elle prend l’avion.
Elle exige l’authenticité. 
Mais elle soigne son image sur les réseaux.

Elle vit avec ces contradictions.
Sans toujours les résoudre.
Parce que personne ne les résout complètement.

Elle veut tout. 
Maintenant.
Du sens. 
Des valeurs. 
De la flexibilité. 
De la progression. 
De l’impact.

Certains appellent ça de l’arrogance.
Elle appelle ça des standards.

C’est le reflet d’un monde qui lui a tout montré.
Tout de suite.
Depuis l’enfance. 

Elle transmet une génération en rupture.
En rupture avec l’idée que le travail doit tout prendre.
En rupture avec la loyauté aveugle.
En rupture avec le silence sur la santé mentale.
En rupture avec les promesses sans actes.

Elle n’a pas toutes les réponses.
Mais elle refuse les mauvaises questions.

Et refuser les mauvaises questions, 
c’est déjà ouvrir un autre chemin.

Ouverture vers la génération suivante 
La génération suivante arrive.

La Génération Alpha. Nés après 2012.
Ils ont au plus 14 ans en 2026.

On ne sait pas encore qui ils seront.

Mais ils grandissent dans un monde
que la Gen Z a secoué.
Leurs parents sont Millennials.
Leurs grands frères et sœurs sont Gen Z.

Ils trouveront les portes déjà ouvertes.

Et iront probablement encore plus loin.
Vers où ?

On ne sait pas encore.

Le monde du travail ne reviendra pas en arrière.

C’est peut-être tout ce qu’on peut dire.
Pour l’instant.

Juste un regard posé, pour respirer, pour souffler. — Cathy Conciatori
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