Génération 1981-1996 : Travailler, oui. Mais pour quoi ?
Comment une génération vit-elle le travail ?
Qu’est-ce qu’elle se permet, ou ne se permet pas ?
Qu’est-ce qu’elle transmet, souvent sans le dire, à celle qui suit ?
Cette série d’articles explore le rapport au travail des générations suisses depuis 1900 jusqu’à aujourd’hui. Chaque génération porte en elle des codes, des silences, des interdits qui façonnent notre relation collective au labeur, au repos, au corps, au temps.
Après la génération entre-deux-guerres (1900-1927),
la génération silencieuse (1928-1945),
les baby-boomers (1946-1964)
et la génération X (1965-1980), voici les Millennials (1981-1996).
Celle qui a grandi avec Internet.
Celle qui a connu trois crises économiques en vingt ans.
Celle qui a exigé du sens là où ses parents cherchaient la stabilité.
Celle qui a osé poser la question que personne ne voulait poser.
Travailler, oui. Mais pour quoi ?
Contexte de la société et vie quotidienne en Suisse (1981-1996)
1981
Les Millennials commencent à naître.
Leurs parents Gen X ont entre 1 et 16 ans.
Leurs grands-parents Baby-Boomers sont installés dans leur carrière.
Le monde dans lequel ils naissent n’est pas celui de la prospérité.
C’est celui de l’instabilité.
Trois crises en vingt ans.
1991 : La bulle immobilière éclate.
Les taux d’intérêt passent de 3,5% en 1988 à 7% en 1990.
Les charges des propriétaires doublent.
Les prix s’effondrent.
Les banques suisses enregistrent 57 milliards de pertes.
Les Millennials ont entre 0 et 10 ans.
Ils ne comprennent pas encore ce qui se passe.
Mais ils voient leurs parents stresser.
S’inquiéter. Se disputer autour de l’argent.
2000 : La bulle Internet éclate.
Les années 1990 avaient fait rêver.
Internet. Les nouvelles technologies.
La nouvelle économie. Les startups.
Les introductions en bourse.
La promesse d’un monde nouveau.
Le 13 mars 2000, le Nasdaq s’effondre.
Des milliers d’emplois disparaissent.
Du jour au lendemain, des entreprises ferment.
La promesse numérique se fracasse
contre la réalité économique.
Les premiers Millennials ont 19 ans.
Ils entrent sur le marché du travail.
Ou ils essaient.
2008 : La crise financière mondiale.
Les banques s’effondrent.
Lehman Brothers disparaît.
L’économie mondiale tremble.
Les Millennials ont entre 12 et 27 ans.
Ceux qui commencent leur carrière découvrent
un marché du travail sinistré.
Stages non rémunérés.
CDD enchaînés.
Chômage des jeunes.
Trois crises. En moins de vingt ans.
Leurs parents Gen X en avaient connu une.
Eux en connaissent trois.
La famille change.
Leurs parents Gen X étaient déjà les enfants du divorce.
Les Millennials grandissent dans des familles encore plus diverses.
Familles monoparentales.
Familles recomposées.
Deux parents qui travaillent.
Parents divorcés.
Garde alternée.
Le modèle traditionnel n’est plus la norme.
Il existe encore.
Mais il cohabite avec beaucoup d’autres.
Les femmes travaillent davantage.
Mais l’égalité réelle n’est pas encore là.
Les salaires restent inégaux.
La double charge persiste.
Le divorce ne choque plus.
En Suisse, plus d’un tiers des nouvelles
procédures civiles chaque année concerne
le droit de la famille et du divorce.
Les Millennials grandissent avec cette réalité.
Le divorce n’est pas un drame.
C’est une possibilité.
Une réalité courante.
Ils grandissent aussi avec Internet.
Pas de la même façon que la Gen Z
qui naîtra avec le smartphone dans la main.
Mais autrement.
Dans un salon où trône encore un ordinateur familial.
On attend que la page charge.
On découvre les premiers forums.
On apprend à envoyer un email.
Puis tout s’accélère.
Téléphone portable.
Internet haut débit.
Réseaux sociaux.
Smartphone.
Plateformes.
Ils grandissent au milieu de ce basculement.
Ils ne sont pas nés dans le numérique.
Mais ils deviennent adultes avec lui.
C’est cette position qui explique une grande partie
de leur rapport au monde.
Facebook arrive en 2004.
Ils ont entre 8 et 23 ans.
Le premier iPhone en 2007.
Ils ont entre 11 et 26 ans.
Les réseaux sociaux dans les années 2010.
Ils sont pleinement adultes.
Ils voient tout. Partout. Tout le temps.
Le monde s’accélère.
Les nouvelles arrivent en continu.
Les comparaisons sont permanentes.
Ma vie vs celle des autres.
Mon salaire vs celui des collègues.
Mon appartement vs ceux d’Instagram.
La pression de la réussite visible.
Tout se voit.
Tout se montre.
Tout se compare.
Le logement devient inaccessible.
Leurs grands-parents Baby-Boomers
achetaient une maison à 30 ans.
Leurs parents Gen X achetaient
un appartement. Difficilement.
Mais ils achetaient.
Eux louent. Longtemps. Très longtemps.
Les prix de l’immobilier explosent
dans les années 2000-2010.
Zurich. Genève. Lausanne. Bâle.
Un appartement à Genève ou Lausanne ?
Il faut des années d’épargne.
Ou l’aide des parents. Ou renoncer.
La formation s’allonge.
Leurs grands-parents Baby-Boomers
commençaient à travailler à 18 ans.
Leurs parents Gen X à 20-22 ans.
Eux étudient plus longtemps.
Master. Doctorat. Formation continue.
Pour un marché du travail de plus en plus exigeant.
Mais les diplômes ne garantissent plus rien.
On peut avoir un Master et enchaîner les stages.
On peut être surqualifié pour un poste.
On peut chercher des mois avant de trouver.
La génération la plus diplômée de l’histoire suisse.
Et pourtant.
Les Millennials grandissent dans un monde
qui promet beaucoup. Internet.
La mondialisation.
Les opportunités infinies.
Mais qui délivre moins que promis.
Les crises s’accumulent.
Les certitudes s’effritent.
Les promesses se fracassent.
Ils grandissent dans l’écart entre
ce qu’on leur a promis et ce qu’ils trouvent.
Entre le discours et la réalité.
Entre le rêve et les faits.
Rapport dominant au travail
Ils arrivent sur le marché du travail avec des diplômes.
Plus de diplômes que leurs parents.
Plus de formation.
Plus d’années d’études.
Et ils découvrent que ça ne suffit pas.
Le diplôme n’ouvre plus automatiquement les portes.
Il faut aussi de l’expérience.
Un réseau. Des stages. Des références.
Mais pour avoir de l’expérience,
il faut travailler.
Et pour travailler,
il faut de l’expérience.
Le cercle vicieux du début de carrière.
Ils ne veulent pas juste un emploi.
Leurs grands-parents Baby-Boomers
travaillaient pour vivre.
Pour nourrir la famille.
Pour acheter la maison.
Leurs parents Gen X
travaillaient pour survivre.
Pour s’adapter.
Pour tenir.
Eux veulent autre chose.
Ils veulent du sens.
Pourquoi je fais ce travail ?
À quoi ça sert ?
Est-ce que ça correspond à mes valeurs ?
En Suisse, la première raison pour laquelle
les Millennials quittent leur emploi est que
le travail n’est pas satisfaisant ou utile.
Pas le salaire, les horaires, le manager.
Le sens.
Si le travail n’a pas de sens, ils partent.
Ce n’est pas de la paresse.
C’est une exigence.
Une exigence que leurs parents n’avaient pas.
Ou pas encore.
Ils veulent que les valeurs de l’entreprise
correspondent aux leurs.
Environnement. Diversité.
Impact social. Éthique.
Ce n’est plus suffisant de bien payer.
Il faut aussi bien agir.
Une entreprise qui pollue.
Qui discrimine.
Qui ment sur ses pratiques.
Ils ne veulent pas y travailler.
Même si le salaire est attractif.
Même si le poste est prestigieux.
Les valeurs d’abord.
Ils exigent la flexibilité.
Pas comme un avantage.
Comme une nécessité.
Horaires flexibles. Télétravail.
Travail hybride.
Autonomie dans l’organisation.
63% des femmes suisses Millennials
placent l’équilibre vie professionnelle/vie privée
en deuxième priorité après l’ambiance de travail.
46% exigent la possibilité de télétravailler.
Ce n’est plus un luxe.
C’est un critère de sélection.
Si l’entreprise ne propose pas de flexibilité,
ils candidatent ailleurs.
Ils questionnent l’autorité différemment.
Leurs grands-parents Baby-Boomers
respectaient la hiérarchie.
Automatiquement.
Leurs parents Gen X la questionnaient.
Timidement.
Eux la remettent frontalement en question.
Un manager doit mériter leur respect.
Par sa compétence.
Par sa transparence.
Par sa cohérence.
Le titre et le statut ne suffisent plus.
Il faut montrer. Prouver.
Être exemplaire.
Ils ont grandi avec Internet.
Avec l’accès à l’information.
Avec la vérification instantanée.
Ils savent chercher. Comparer. Vérifier.
Un manager qui dit n’importe quoi,
ils le savent immédiatement.
Ils ne restent pas sans raison.
Leurs parents Gen X restaient même
quand ça n’allait pas.
Par peur.
Par prudence.
Par manque d’alternatives.
Eux partent.
Un tiers des Millennials suisses souhaitent
rester dans la même entreprise plus de cinq ans.
C’est une minorité.
Mais ce tiers-là reste parce que ça lui convient vraiment.
Pas par défaut.
La loyauté est conditionnelle.
Elle se gagne. Elle se mérite. Elle s’entretient.
Si l’entreprise ne respecte pas ses engagements, ils partent.
Sans culpabilité.
Ils ne dissocient plus travail et valeurs personnelles.
Les Millennials ne dissocient plus travail
et valeurs personnelles.
Leurs convictions voyagent avec eux.
Au bureau. En réunion.
Dans leurs choix professionnels.
Ils ne peuvent pas travailler contre leurs valeurs.
Même pour un bon salaire.
Même pour une belle carrière.
Le travail doit faire sens avec qui ils sont.
Ils cherchent l’impact.
Sur la société.
Sur l’environnement.
Sur les gens.
Ils veulent que leur travail serve à quelque chose.
Quelque chose de plus grand qu’un chiffre d’affaires.
C’est une génération qui a grandi
avec les crises climatiques.
Les inégalités visibles.
Les injustices documentées.
Ils ne peuvent pas faire semblant de ne pas voir.
Alors ils cherchent un travail qui contribue
à un monde meilleur.
Ou au moins, qui n’empire pas les choses.
Le salaire compte. Mais pas seul.
Être payé en dessous du marché,
c’est une raison de partir.
Mais un bon salaire dans une entreprise sans sens,
sans valeurs, sans flexibilité.
Ils partent quand même.
Ce n’est plus l’un ou l’autre.
C’est l’un et l’autre.
Sens. Valeurs. Flexibilité. Et salaire correct.
Ils ont compris une chose.
On passe la majorité de sa vie au travail.
Autant que ce soit quelque chose qui mérite qu’on y passe sa vie.
Rapport au temps
Le temps s’est accéléré.
Les Millennials naissent dans cette accélération.
Et elle s’emballe encore.
Le temps de l’immédiateté.
Internet a tout changé.
Avant, on attendait.
Une lettre.
Une réponse.
Une information.
On attendait des jours.
Des semaines.
Parfois des mois.
Les Millennials n’attendent plus.
Une question ?
Google répond en secondes.
Un email ?
La réponse est attendue dans l’heure.
Un message ?
Lu. Vu. Répondu.
Immédiatement.
Le temps de l’attente a disparu.
Et avec lui, la patience.
Le temps du travail n’a plus de frontières.
Le smartphone dans la poche.
Les notifications en continu.
Le travail partout.
Dans le train.
Dans le lit.
En vacances.
Officiellement, ils ont des horaires.
8h-17h. 9h-18h.
Dans les faits, le travail les suit partout.
Pas toujours physiquement.
Mais mentalement. Toujours.
Une notification le soir.
Un email le dimanche.
Un message en vacances.
Le cerveau reste en alerte.
Même quand le corps s’arrête.
Même quand ils voudraient décrocher.
Le travail occupe l’espace mental.
En permanence.
Le temps de carrière se fragmente.
Leurs grands-parents Baby-Boomers
avaient une carrière.
Une.
Linéaire. Progressive.
Leurs parents Gen X avaient plusieurs employeurs.
Plusieurs postes.
Eux ont plusieurs vies professionnelles.
Un poste. Un projet.
Une reconversion.
Un autre projet.
La carrière n’est plus une ligne droite.
C’est une série d’expériences.
Certaines choisies. D’autres subies.
Mais toujours en mouvement.
Le temps de la formation ne s’arrête jamais.
Leurs grands-parents apprenaient un métier.
Le pratiquaient toute leur vie.
Les Millennials apprennent.
Se forment. Se reforment.
Se reconvertissent.
Une nouvelle technologie apparaît.
Il faut l’apprendre.
Un nouveau secteur émerge.
Il faut s’y adapter.
Le savoir d’hier devient obsolète demain.
Alors ils apprennent. Toujours.
Pas par choix uniquement.
Par nécessité.
Le temps présent prend de la valeur.
Quand le futur est incertain,
le présent compte davantage.
Leurs grands-parents Baby-Boomers sacrifiaient
le présent pour le futur.
Travailler dur maintenant.
Profiter plus tard.
Les Millennials veulent profiter maintenant aussi.
Les voyages. Les expériences. Les moments.
Maintenant.
Pas dans vingt ans.
Parce que dans vingt ans,
le monde sera différent.
Parce que dans vingt ans,
on ne sait pas.
Le temps du “plus tard” leur fait peur.
La retraite sera-t-elle là ?
À quel âge ?
Avec quel montant ?
L’AVS tiendra-t-elle ?
Le 2e pilier sera-t-il suffisant ?
Alors ils vivent maintenant.
Sans renoncer à l’avenir.
Mais sans tout lui sacrifier non plus.
Le temps du repos devient rare.
Ils cherchent l’équilibre.
Ils le revendiquent.
Mais dans les faits, le repos est difficile.
Les notifications ne s’arrêtent pas.
Le cerveau reste connecté même quand le corps se pose.
Les vacances existent.
Mais l’esprit continue de tourner.
Le vrai repos, celui où on déconnecte vraiment,
devient un luxe.
Le temps se vit différemment selon le genre.
Les femmes Millennials jonglent.
Carrière. Famille.
Maison. Réseau. Formation.
Le temps des femmes reste fragmenté.
Même dans une génération
qui revendique l’égalité,
qui questionne les rôles traditionnels.
La charge mentale reste majoritairement féminine.
Le temps des hommes Millennials évolue aussi.
Ils s’impliquent davantage dans la famille.
Dans l’éducation des enfants.
Dans les tâches domestiques.
Plus que leurs pères.
Beaucoup plus que leurs grands-pères.
Mais pas encore à égalité.
Le temps est devenu la ressource la plus précieuse.
Plus que l’argent.
On peut gagner plus d’argent.
On ne peut pas gagner plus de temps.
Alors ils font des choix.
Refuser une promotion si elle coûte trop de temps personnel.
Choisir un employeur qui respecte leur temps.
Poser des limites sur leur disponibilité.
Parce qu’ils ont compris une chose.
Le temps perdu ne se rattrape pas.
L’argent, peut-être. Le temps, jamais.
Le rapport au corps et à la fatigue
Le corps travaille différemment.
Leurs parents Gen X ont découvert la fatigue mentale.
Les Millennials la vivent à une autre échelle.
Le corps est assis. Devant un écran.
Huit heures. Dix heures. Douze heures.
Mais ce n’est pas le corps qui s’effondre en premier.
C’est l’esprit.
La fatigue numérique.
Les Millennials sont la première génération
à grandir avec les écrans.
L’ordinateur. Le téléphone. La tablette.
Les yeux fixés sur des lumières artificielles.
Des heures.
Tous les jours.
Toute leur vie.
Maux de tête.
Yeux qui brûlent.
Cerveau saturé.
Une fatigue nouvelle.
Invisible. Permanente.
Et qui ne s’arrête pas le soir.
Parce que le soir, il y a encore les réseaux sociaux.
Les séries. Les messages.
Le cerveau ne s’éteint jamais vraiment.
La santé mentale sort du silence.
Leurs parents Gen X serraient les dents.
Le burn-out existait.
Mais on en parlait que timidement .
On tenait.
On continuait quand même.
On s’effondrait en privé.
Les Millennials brisent ce silence.
Anxiété. Dépression.
Burn-out. Syndrome de l’imposteur.
Ils nomment. Ils parlent. Ils consultent.
Sans honte.
En Suisse, le changement climatique,
le coût de la vie et la santé mentale
sont les trois grandes préoccupations des Millennials.
La santé mentale au même niveau que
l’économie et l’environnement.
Ce n’est plus un sujet tabou.
C’est une priorité.
La pression de la performance épuise.
Les réseaux sociaux montrent des vies parfaites.
Des carrières brillantes.
Des corps sculptés.
Des voyages permanents.
Des projets ambitieux.
La comparaison est constante.
Instantanée. Impitoyable.
Suis-je assez productif ?
Assez ambitieux ?
Assez accompli ?
Cette pression s’accumule.
Quotidiennement. Insidieusement.
Et elle fatigue profondément.
Le corps devient sédentaire.
Assis au bureau.
Assis dans les transports.
Assis devant les écrans.
Le corps ne bouge plus naturellement.
Alors ils cherchent des solutions.
Salle de sport.
Yoga.
Course à pied.
Méditation.
Pas par passion uniquement.
Par nécessité.
Pour compenser.
Pour tenir.
Le corps comme projet de bien-être.
Les Millennials sont la première génération
à parler ouvertement de bien-être.
Alimentation. Sommeil.
Mouvement. Pleine conscience.
Le bien-être n’est plus un luxe.
C’est un investissement.
Dans soi-même.
Dans sa capacité à durer.
Parce qu’ils ont compris que
sans corps en ordre, rien ne fonctionne.
Le sommeil devient une préoccupation.
Le cerveau connecté en permanence dort mal.
Les écrans avant de dormir.
Les notifications la nuit.
Les pensées qui tournent.
Le sommeil est perturbé.
Fragmenté.
Insuffisant.
Et un cerveau mal reposé amplifie tout.
Le stress. L’anxiété. La fatigue.
Un cercle vicieux.
Les femmes Millennials portent une charge supplémentaire.
La charge mentale du foyer s’ajoute à la fatigue professionnelle.
Les enfants.
La maison.
L’organisation familiale.
Même dans une génération qui revendique l’égalité.
Même avec des partenaires plus impliqués
que les générations précédentes.
La charge mentale reste majoritairement féminine.
Deux fatigues superposées.
Professionnelle. Domestique.
Le corps des femmes ne s’arrête jamais vraiment.
Le burn-out devient une réalité suisse.
En Suisse aussi, les arrêts maladie liés
à l’épuisement professionnel augmentent.
Chez les jeunes. Chez les actifs. Chez les Millennials.
Le corps dit stop.
Quand l’esprit ne peut plus.
Quand les limites sont dépassées depuis trop longtemps.
Le corps force l’arrêt.
Et cet arrêt, les Millennials commencent à l’accepter.
Sans honte. Sans se sentir faibles.
Comme un signal à écouter.
Ce que cette génération transmet (sans le dire)
Elle transmet l’exigence du sens.
Le travail doit avoir du sens.
Sinon, on part.
Ce message passe.
Aux générations suivantes.
Aux entreprises. Aux managers.
On ne reste plus par défaut.
On reste parce que ça vaut la peine de rester.
Elle transmet le droit à la parole.
Se taire n’est plus une vertu.
Donner son avis.
Questionner. Interpeller.
Elle a normalisé la prise de parole dans les organisations.
Même vers le haut.
Même vers la hiérarchie.
Elle transmet la santé mentale comme priorité.
Ses parents n’en parlaient pas.
Elle en parle.
Ouvertement. Sans honte.
Et en transmettant cette parole, elle change quelque chose.
Elle dit aux générations suivantes :
tu peux nommer ce que tu ressens.
L’anxiété. Le burn-out. L’épuisement.
Ce n’est pas une faiblesse.
C’est une réalité à prendre en charge.
Elle transmet le scepticisme face aux institutions.
Elle a grandi avec trois crises économiques.
Elle a vu les banques s’effondrer.
Les entreprises licencier.
Les systèmes vaciller.
Elle ne fait plus confiance automatiquement.
Ni aux entreprises.
Ni aux États.
Ni aux grandes organisations.
Elle vérifie. Elle questionne.
Elle cherche la preuve.
Et elle transmet cette méfiance lucide.
Ne crois pas tout ce qu’on te dit.
Vérifie. Compare. Analyse.
Elle transmet l’importance des valeurs.
Le travail doit correspondre à qui tu es.
Tes convictions voyagent avec toi.
Tu ne laisses pas ton éthique au vestiaire.
Elle a commencé à lier travail et identité
d’une nouvelle façon.
Elle transmet la flexibilité comme norme.
Le télétravail.
Les horaires flexibles.
L’autonomie.
Ce qu’elle a arraché, parfois difficilement, aux entreprises.
Elle le transmet comme acquis aux générations suivantes.
Ce n’est plus un privilège.
C’est une norme.
Elle transmet la fragilité du système de retraite.
Ne compte pas uniquement
sur l’AVS.
sur le 2e pilier.
Prévois.
Épargne.
Construis ta propre sécurité.
Parce qu’elle-même ne sait pas ce qu’elle trouvera au bout.
Elle transmet l’écart entre promesses et réalité.
On lui avait promis que
les diplômes ouvriraient toutes les portes.
Pas toujours vrai.
On lui avait promis que
le numérique créerait un monde meilleur.
Pas si simple.
On lui avait promis que
l’économie irait toujours mieux.
Trois crises en vingt ans.
Elle transmet cette lucidité.
Les promesses ne suffisent pas.
Regarde les actes.
Mais elle transmet aussi des contradictions.
Elle revendique l’équilibre.
Mais elle est hyper-connectée.
Elle défend l’environnement.
Mais elle prend l’avion pour voyager.
Elle exige l’authenticité.
Mais elle soigne son image sur les réseaux.
Elle vit avec ces contradictions.
Et elle les transmet.
Sans les résoudre complètement.
Parce que personne ne les résout complètement.
Elle transmet une génération en transition.
Entre un monde qui promettait tout
et un monde qui livre moins.
Entre l’idéalisme de ses convictions
et le pragmatisme de sa réalité.
Entre revendiquer et accepter.
Elle n’a pas toutes les réponses.
Mais elle pose les bonnes questions.
Et poser les bonnes questions, c’est déjà ouvrir un chemin.
Ouverture vers la génération suivante
La génération suivante arrive.
La génération Z. Nés entre 1997 et 2012.
Ils entrent sur le marché du travail
dans les années 2010-2020.
Un monde encore plus complexe.
Ce que les Millennials ont vécu.
Trois crises économiques.
Internet. Les réseaux sociaux. Le smartphone.
Ils ont arraché la flexibilité.
Normalisé la santé mentale. Exigé le sens.
Ce que la Gen Z découvre.
Eux sont nés dedans.
Dans le smartphone.
Dans TikTok dès l’enfance.
Dans les crises permanentes.
Climatique. Sanitaire.
Économique. Géopolitique.
La Gen Z n’a pas connu un monde stable.
Jamais.
Les Millennials exigeaient du sens.
La Gen Z ne négocie même pas.
Les Millennials parlaient de santé mentale.
La Gen Z en fait une condition d’entrée.
Les Millennials questionnaient l’autorité.
La Gen Z ne la reconnaît pas automatiquement.
Les Millennials voulaient changer le système de l’intérieur.
La Gen Z questionne le système lui-même.
Pourquoi 40 heures par semaine ?
Pourquoi une carrière linéaire ?
Pourquoi l’entreprise traditionnelle ?
Freelance.
Portfolio de projets.
Revenus multiples.
Le fossé se creuse.
Ce que les Millennials ont transmis.
La parole sur la santé mentale.
Le droit à l’équilibre.
L’exigence des valeurs.
La Gen Z pousse ces portes encore plus loin.
Plus vite. Plus fort.
Plus radicalement.
Les Millennials ont été une génération charnière.
Entre le monde analogique et le monde numérique.
Entre la stabilité promise et l’instabilité vécue.
Entre l’idéalisme et le pragmatisme.
Ils ont grandi dans l’écart entre
ce qu’on leur avait promis et ce qu’ils ont trouvé.
Ils ont appris à vivre dans cet écart.
À le nommer. À le questionner.
Ils ont posé des questions que personne ne voulait poser.
Celle du sens.
Celle des valeurs.
Celle de l’humain au cœur du travail.
Non comme slogan.
Mais comme exigence réelle.
La Gen Z les entend.
Et va encore plus loin.
Génération après génération.
Les questions deviennent plus grandes.
Les exigences plus fortes.
Les silences moins tolérés.
C’est peut-être ça, le vrai héritage des Millennials.
Avoir prouvé qu’on peut exiger plus.
Du travail.
Des entreprises.
Du monde.
Juste un regard posé, pour respirer, pour souffler. — Cathy Conciatori
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