Un jour, une amie m’a dit :
« Tu sais Cathy, j’ai peur d’entendre. »

Je n’ai pas compris tout de suite.
On lui offrait une belle opportunité. 
Une opération. 
Une oreille qui allait enfin s’ouvrir au monde.

Pour moi, c’était une évidence. 
Une bonne nouvelle.
Pour elle, une peur qu’elle ne pouvait nommer. 

J’ai mis un peu de temps à comprendre.
Bien sûr que le changement fait peur. 
Même quand il est bon.

Surtout quand il est bon.

Le cerveau n’aime pas l’inconnu. 
Peu importe qu’il soit bon ou mauvais.

Il y a un mot pour ça : homéostasie. 
Rester stable. 
Rester pareil.

Une opération qui rend l’ouïe.
Une vie qui décolle après une vie de siège.
Une naissance après avoir essayé, 3.4.5 fois ».
Puis un jour ça arrive.
La nouvelle est censée être belle.

Le corps lui, ne fait pas de différence entre 
une bonne nouvelle et une alerte.
Il détecte un changement. 
Il réagit.

Nos ancêtres n’avaient pas le luxe de faire la nuance. 
L’inconnu pouvait tuer, 
qu’il porte une bonne ou une mauvaise nouvelle.

Ce réflexe n’a pas disparu. 
Il vit encore dans l’amygdale, 
ce gardien qui sonne l’alarme 
avant même que la pensée 
n’ait eu le temps d’arriver.

Alors la question n’est peut-être pas : 
pourquoi j’ai peur alors que tout va bien ?

Mais : « Et si la peur n’avait pas besoin d’une 
mauvaise raison pour exister ? »

Le problème ne s’arrête pas à l’alarme.

Le psychologue Tal Ben-Shahar a un nom 
pour la suite : l’arrival fallacy. 
L’illusion qu’arriver au but 
suffira à nous rendre heureux.

Ce moment, on l’attend depuis des années, 
On se dit : « Quand ça sera là, je respirerai enfin. »
Puis ça arrive.

Et on ne respire toujours pas mieux.

Un cerveau qui a passé des années en alerte 
ne sait pas s’arrêter sur commande. 
Il a appris à scruter le danger, 
pas à savourer le calme.

Alors une partie de nous se demande : et maintenant ?

Si la lutte s’arrête, qui suis-je sans elle ?

Quand tout semble enfin vouloir aller mieux,
et que la peur assaille quand même,
il n’y a peut-être rien à résoudre ici.

Juste à reconnaître que la peur 
ne choisit pas son camp.
Qu’elle se loge dans une bonne nouvelle 
aussi bien que dans une mauvaise.

Les bonnes choses aussi s’apprennent.
Elles s’apprivoisent, par habitude.

Le cerveau qui a appris la difficulté par dépit
peut apprendre la fluidité, à 
force d’essais et de constance.

Juste un regard posé, pour respirer, pour souffler. — Cathy Conciatori
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Crédit photo : image générée par l’intelligence artificielle

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