Il y a des peurs qui s’intègrent si profondément qu’on finit par les prendre pour une forme de prudence normale.
Parmi elles, il en est une insidieuse, corrosive, difficile à nommer :
la peur de l’arbitraire.
Cette peur-là ne naît pas de la violence frontale, ni même d’une punition annoncée.
Elle naît de l’imprévisible, du terrain instable, des réactions qui changent selon le vent.
Le mot « arbitraire »
Origine latine : arbitrarius → dépend de la volonté d’un seul.
Signifie : ce qui n’est pas basé sur une règle stable, mais sur le bon vouloir d’un individu.
L’arbitraire, c’est un flou imposé.
C’est l’absence d’un cadre cohérent.
Ce sont deux situations identiques qui provoquent deux réactions opposées.
C’est une parole anodine qui, un jour, fait sourire et le lendemain, déclenche un ouragan.
Face à cela, un malaise profond s’installe :
Puisque rien n’est sûr, tout devient potentiellement dangereux.
👁️ L’arbitraire, ce n’était pas l’absence de loi ou de règles, mais l’usage instable du pouvoir ?
Les figures de l’arbitraire
Le visage de l’arbitraire n’est pas toujours celui d’un dictateur.
Parfois, c’est un dirigeant, un supérieur hiérarchique, un éducateur ou même un parent.
Le parent instable émotionnellement, qui change d’avis selon son humeur.
Le professeur qui punit un élève pour un comportement qu’il a laissé passer la veille.
Le cadre qui valorise une initiative un jour, puis l’humilie en réunion le lendemain.
Le système qui tolère une parole libre, puis la condamne quand elle dérange.
Toutes ces figures ont une chose en commun :
elles entretiennent leur autorité en maintenant l’autre dans le doute et l’incertitude.
👁️ L’arbitraire devient une stratégie de domination.
Ce que vivent ceux qui subissent
Face à l’arbitraire, la personne qui subit apprend à se taire.
Elle observe, calcule, anticipe sans jamais vraiment savoir ce qui est permis.
Elle vit dans l’hypervigilance, le retrait ou la suradaptation constante.
Peu à peu, la confiance se fissure :
en elle-même, en l’autre, en la cohérence du monde.
Elle doute de ses émotions, de ses réactions, de sa propre réalité.
👁️ Quand on ne sait jamais comment l’autre va réagir, on finit par ne plus bouger du tout.
Pourquoi cela dérange tant d’être soi ?
Dans les systèmes arbitraires, la libre expression dérange.
Non parce qu’elle est fausse, mais parce qu’elle ébranle un pouvoir qui se veut incontestable.
Dire ce que l’on pense, ce que l’on ressent ou vivre hors cadre…
peut suffire à être vu comme ingrat, dangereux, instable, ou provocateur.
👁️ Quand “être soi” devient un acte risqué, l’arbitraire a déjà gagné.
Que peut-on faire face à l’arbitraire ?
Les options sont rarement confortables.
Se taire et subir, pour préserver un semblant de paix.
Fuir, une famille, un pays, un système pour survivre.
Résister, verbalement ou activement, au risque de représailles, de rejet, de solitude, de violences psychiques voire physiques.
Et parfois, le seul tort est d’avoir exercé, avec calme et sincérité, sa liberté d’être un humain avec des idées, une pensée, une voix.
👁️ Quand il faut se battre pour “juste être”, alors le système est déjà en déséquilibre.
Un coin de ciel bleu
Face à l’arbitraire, tout n’est pas perdu.
Il existe des cercles d’humains où la parole ne coûte pas, où la règle est claire, évolutive et stable.
Des environnements où l’on peut être soi, sans devoir prouver sa légitimité.
Des liens tissés dans la bienveillance, où la différence est respectée même si elle peut parfois déranger.
Ce n’est pas un monde parfait.
Mais c’est un monde où l’humain compte
et où la peur n’est plus une méthode de contrôle.
👁️ La bienveillance n’est pas naïve, elle est un antidote.
Juste un regard posé, pour respirer, pour souffler. — Cathy Conciatori
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Crédit photo : image générée par l’intelligence artificielle
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