“Ma liberté est liée à la tienne.”
— Desmond Tutu

Exclusion. Ségrégation. Intégration. Inclusion.
Quatre mots.

Que l’on croit les connaître.
Mais on les confond, souvent.

Pourtant chacun dit quelque chose de précis.

Sur nous.
Sur ce que nous faisons de l’Autre.

L’exclusion
Excludere. 
Fermer dehors. 
En latin, la porte existe déjà. 
Quelqu’un l’a fermée. 
Sans violence. 
Sans même s’en rendre compte.

Dans les couloirs, ils existent. 
On les croise. 
On les voit, techniquement. 

Mais on ne les regarde pas. 

Ils circulent comme des hologrammes, 
présents dans l’espace, 
absents dans les esprits. 

Là mais pas réels. 
Visibles mais pas vus. 

Ils occupent un corps, 
une place, 
un prénom sur une liste. 

Et pourtant…

Personne ne saurait dire ce qu’ils aiment.
Ce qu’ils craignent.
Ce qu’ils valent.

L’exclusion ne crie pas.
Elle ne frappe pas.
Elle s’installe.
Lentement.
Proprement.
Sans trace.

Elle devient le décor.
Et le décor, on ne le questionne plus.

L’exclusion, c’est ignorer.
Simplement.
Profondément.

Ignorer que l’autre existe.
Ignorer qu’il compte.
Ignorer qu’il attend,
un signe qui ne viendra jamais.

La ségrégation
Segregare.
Séparer le troupeau.
En latin, c’est un geste d’éleveur.
Les moutons d’un côté.
Les chèvres de l’autre.
Classés par catégorie.
Triés par nature.

L’Autre existe.
On le voit.
On le reconnaît.
Mais il y a une séparation.
Propre ou figurée.
Toujours réelle.

Afrique du Sud.
Un bus.
Les blancs devant.
Les noirs derrière.
Pas la même entrée.
Pas les mêmes sièges.
Le même véhicule.
Le même trajet.
Deux mondes qui ne se touchent pas.

La ségrégation ne cache pas l’Autre.
Elle le place.
Elle lui assigne un espace.
Une porte, une rangée.
Un quartier, une école.

L’Autre est visible.
Mais à une place.
Celle qu’on a décidée pour lui.

La ségrégation,
c’est reconnaître l’Autre
pour mieux l’éloigner.

L’intégration 
Integrare.
Rendre entier.
En latin, c’est une promesse.
Tu peux entrer.
Tu peux appartenir.
Mais d’abord,
deviens comme nous.

Une salle.
Des drapeaux.
Un fonctionnaire.
Un formulaire.

Un homme lève la main.
Il jure.
Il reçoit un papier.

Maintenant, iI est d’ici.
Officiellement.

Mais ce papier,
il l’a mérité.
Année après année.
Preuve après preuve.
Il a montré qu’il parlait bien.
Qu’il était comme les autres.
Qu’il était d’ici

Il a été jugé.
Et accepté.

Pourtant.
Une question, polie.
Presque bienveillante.

“Vous êtes d’où, à l’origine ?”

L’intégration a un prix d’entrée.
Et même une fois officialisé,
la porte, existe encore.
Dans le regard des autres. 

L’inclusion 
Includere.
Enfermer à l’intérieur.
Comme un cercle.
Un cercle qui s’agrandit.
Pour faire de la place.
À tous.
Tels qu’ils sont.

Une table.
Des gens différents.
Des parcours différents.
Des façons de penser différentes.

Personne n’a demandé de se ressembler.
Personne n’a fixé de règles d’appartenance.

La différence est attendue.
Elle est la raison d’être de la table.

On entre parce qu’on est ce qu’on est.

L’inclusion ne s’organise pas.
Elle se ressent.

Parce que sa présence
est simplement juste.

Juste un regard posé, pour respirer, pour souffler. — Cathy Conciatori
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Crédit photo : image générée par l’intelligence artificielle

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