“Un chat ne vous appartient pas. Il vous choisit.” — anonyme

La nuit du 21 février

Le 21 février, mon Krokett a fait dix crises d’épilepsie en douze heures.

Une par heure, à peu près. Comme une horloge qui déraille, je les ai comptées. Je ne pouvais pas ne pas les compter, c’était la seule chose que j’avais à faire. Rester là, compter, et attendre la suivante.

Krokett est un Bengal. Treize ans. Son nom, je l’ai emprunté à Davy Crockett, l’aventurier du Far West. Sauf que mon Krokett, lui, est un pétochard de première. Alors je l’ai baptisé ainsi pour qu’il soit au moins l’aventurier de son grand salon. Je dois l’avouer, il s’en acquitte avec une dignité remarquable.

Un chat qui traverse la vie avec moi comme traversent les chats, en présence, avec cette intensité particulière aux Bengals qui fait qu’on ne sait jamais vraiment si c’est eux qui nous appartiennent ou nous qui leur appartenons.

Dix crises. Le record, jusqu’à cette nuit-là, c’était huit. Avant, on oscillait entre quatre et six sur une période de douze heures. Mais dix, c’était différent.

Dans la nuit qui a suivi la tempête, j’ai écrit à ma vétérinaire. Pas pour demander un médicament, mais pour chercher un plan B, afin que cela ne se reproduise plus et que je ne sois plus impuissante, comme je l’ai été.

Le réflexe du médicament et ce qu’il ne dit pas

Face à un chat épileptique, le réflexe est compréhensible. On va chez le vétérinaire, on décrit les crises, on repart avec une ordonnance. Un anti-épileptique. Les crises diminuent, parfois disparaissent. Le propriétaire respire. Le chat a l’air mieux.

Ce choix-là, je ne le juge pas. Il répond à une urgence réelle, à une détresse réelle. Et dans certains cas, il est nécessaire.

Mais il répond à quoi, exactement ? Aux crises. Pas à ce qui les provoque. Le médicament pose un couvercle sur la casserole. Il ne demande pas pourquoi l’eau bout.

Moi, je donnais déjà du CBD à Krokett, de manière occasionnelle. Ça aidait. Mais dix crises en une nuit, c’était le signal que je ne pouvais plus ignorer. Il me fallait un plan B. Quelque chose pouvant aider mon Krokett à faire moins de crises. 

J’ai contacté ma vétérinaire. Et c’est elle qui a ouvert une porte inattendue. Pas vers un nouveau médicament. Vers l’intestin.

L’intestin, le premier cerveau

On parle souvent de l’intestin comme du deuxième cerveau. Pour les animaux, certains chercheurs pensent qu’il faudrait inverser l’ordre. Un chat fonctionne à l’instinct, au corps, au ventre, bien avant de fonctionner à la réflexion.

La science a un nom pour ce lien : l’axe intestin-cerveau. Une autoroute à double sens entre le tube digestif et le cerveau, empruntée en permanence par des signaux nerveux, hormonaux, immunitaires. Au cœur de cette autoroute, le nerf vague, un câble direct qui relie les deux organes. Et sur cette route circulent des substances produites non pas dans le cerveau, mais dans les intestins. La sérotonineLe GABA : « acide gamma-aminobutyrique » principal agent calmant du système nerveux

Le GABA, c’est le frein du cerveau. Quand les signaux électriques s’emballent, quand le cerveau entre en surtension, c’est lui qui ralentit, apaise et régule. Sans suffisamment de GABA, le cerveau ne sait plus s’arrêter. Et un cerveau qui ne sait plus s’arrêter, c’est précisément ce qui se passe lors d’une crise d’épilepsie. Ce que l’on sait aujourd’hui, et c’est là que tout bascule, c’est que ce GABA n’est pas produit uniquement dans le cerveau. Les bactéries intestinales en produisent également. Un microbiote appauvri ou déséquilibré peut donc littéralement réduire la capacité du système nerveux à se réguler. Des neurotransmetteurs fabriqués par les bactéries intestinales elles-mêmes, comme le montrent des travaux publiés dans le Veterinary Clinics of North America en 2021.

Ce microbiote, cette communauté de milliards de bactéries qui peuplent l’intestin  n’est pas un simple acteur de la digestion. Il régule, il communique, il influence directement l’état neurologique de l’animal. Quand il est équilibré, il protège. Quand il déraille, ce que les chercheurs appellent la dysbiose, il peut provoquer des réactions en chaîne bien au-delà du ventre. Des études récentes associent la dysbiose intestinale à des dysfonctionnements neurologiques chez le chat, le chien, et les humains.

Mais il y a autre chose. Quelque chose que ma vétérinaire m’a expliqué avec une précision qui m’a frappée. Quand les selles restent trop longtemps dans l’intestin, même légèrement, même sans constipation sévère, les bactéries fermentent, produisent des toxines, notamment de l’ammoniaque. Cette molécule est un gaz qui traverse les membranes cellulaires sans demander la permission, y compris la barrière hémato-encéphalique, cette frontière censée protéger le cerveau. Une fois dans le cerveau, elle provoque un gonflement des cellules nerveuses et perturbe la transmission des signaux. Une étude suédoise publiée en 2023 dans le Journal of Feline Medicine and Surgery a montré que 22% des chats épileptiques présentaient des taux d’ammoniaque anormalement élevés après leurs crises, sans aucune maladie du foie associée.

Le ventre de Krokett parlait. Il avait fallu ces dix crises pour que j’entende vraiment.

Ce que j’ai choisi pour Krokett

Ma vétérinaire est venue à domicile. Pas question de stresser Krokett en le transportant, le stress, chez un chat épileptique, n’est pas un détail. Elle a fait la prise de sang, ausculté, observé. Et ensemble, nous avons parlé longuement.

Deux approches possibles. 

La première : un anti-épileptique. Efficace sur les crises. 

La seconde : travailler le terrain. Renforcer ce qui, dans le corps de Krokett, permet ou ne permet pas aux crises de se produire. J’ai choisi la deuxième. Sans hésitation.

Ce choix s’est traduit par deux axes concrets.

Le premier : renforcer le microbiote. J’ai intégré à l’alimentation de Krokett le Präbiosan et l’huile de saumon de la marque Anifit, des compléments alimentaires qui soutiennent la flore intestinale et contribuent à réduire l’inflammation. J’y ai ajouté le DYP NAT des laboratoires Bionops, un complément probiotique qui travaille directement sur l’équilibre bactérien de l’intestin. L’idée est simple : nourrir le bon terrain, pour que le corps ait les ressources de se réguler lui-même.

Le deuxième axe : protéger le système nerveux. Je donnais déjà du CBD à Krokett de façon occasionnelle. Nous avons décidé de structurer ce soin avec le CBD de la marque Sativa, spécialement formulé pour les animaux. Le dosage ne s’improvise pas, il se construit par paliers progressifs, jusqu’à atteindre une dose stable et adaptée au poids et à l’état de l’animal. C’est un processus qui demande de la patience et de l’observation.

Et c’est précisément là où nous en sommes. On observe. On ajuste. On ne prétend pas avoir gagné, on a choisi une direction et on la tient.

Ce que ça change et ce qu’on ne sait pas encore

Ce protocole, nous l’avons commencé il y a deux semaines à peine. Mon Krokett fait des crises tous les deux à trois mois, le recul manque encore pour mesurer quoi que ce soit. Est-ce que le microbiote va changer la donne ? Est-ce que le CBD structuré va espacer les épisodes ? Est-ce que la combinaison des deux va transformer le terrain ? Je ne sais pas encore. L’avenir nous le dira. 

C’est peut-être là l’essentiel de ce que cet article veut dire.

La science du microbiote félin en est à ses balbutiements. Ce que l’on sait chez l’humain et on commence à peine à le savoir, on l’applique prudemment, par analogie, aux animaux. Ma vétérinaire me l’a dit avec une honnêteté que j’ai profondément respectée. Elle n’a pas dit : faites ceci, cela guérira votre chat. Elle a dit : cela peut. Ce mot-là, ce “peut”, n’est pas un aveu d’ignorance. C’est de l’intégrité.

La médecine qui prétend tout savoir, je m’en méfie. Celle qui avance avec humilité, qui pose des hypothèses, qui les teste et qui observe sans promettre, celle-là, je lui accorde mon crédit. 

Ce que je sais, c’est que je ne voulais plus être impuissante. J’ai choisi d’aller chercher la cause plutôt que de masquer le symptôme, car Krokett, ce pétochard magnifique, mérite que je m’interroge pour lui et non seulement pour le soulager.

La question n’est pas résolue. Elle est juste posée autrement. Et parfois, changer de question, c’est déjà changer quelque chose.

Remerciements

Cet article n’existerait pas sans elle.

Muriel Grauer est vétérinaire, mais pas tout à fait comme les autres. Elle se déplace à domicile, elle prend le temps, elle écoute. Elle est venue chez moi, elle a ausculté Krokett dans son environnement, sans stress, sans cage, sans transport. Elle a posé les bonnes questions. Et surtout, elle a osé proposer une autre voie, celle du terrain, celle du ventre, celle de la cause plutôt que du symptôme.

Ce “cela peut” qu’elle a prononcé avec prudence, je l’ai reçu comme une boussole. La certitude n’était pas au rendez-vous, l’honnêteté, oui. Et c’est infiniment plus précieux.

Si vous cherchez une vétérinaire qui prend soin de l’animal autant que de son propriétaire, qui réfléchit avec vous plutôt que pour vous, je vous laisse la découvrir.

🌿 Muriel Grauer, vétérinaire

Consultations à Pully (VD) le mardi et le jeudi — visites à domicile le lundi

www.murielgrauer.ch

Juste un regard posé, pour respirer, pour souffler. — Cathy Conciatori
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