« Plus l’espérance est grande, plus la déception est violente. » — Franz-Olivier Giesbert
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Décevoir.
Un mot qu’on emploie à la légère.
Quasiment banal.
Pourtant son origine dit autre chose.
Décevoir vient du latin decipere.
Un terme de chasse.
Prendre en faisant tomber dans un piège.
Au XIIe siècle, décevoir signifie tromper.
Rien d’autre.
Ce n’est qu’au XVe siècle qu’il prend le sens
qu’on lui connaît aujourd’hui :
tromper quelqu’un dans ses espérances.
Décevoir, étymologiquement, c’est piéger.
Alors une question se pose.
Dans la peur de décevoir, qui pose le piège ?
On pense spontanément que c’est l’autre.
Ses attentes, son jugement, sa déception à venir.
Mais regardons de plus près.
Une amie appelle.
Elle a besoin d’aide, ce week-end, pour un déménagement.
Le corps répond avant la tête.
Une gêne. Un poids.
La bouche, elle, dit oui.
Tout de suite. Sans détour.
La gêne reste à l’intérieur.
Invisible pour l’autre.
C’est souvent nous qui construisons la trappe.
Avant même qu’on nous la demande.
On anticipe une déception qui n’a pas encore eu lieu.
On dit oui pour l’éviter.
On s’ajuste, on se plie, on efface ce qu’on ressent.
Le piège se referme sur nous-mêmes.
Et l’autre, dans tout ça ?
Il n’a rien demandé de tel.
Il a juste posé une question.
Le piège, il ne le voit même pas.
Ce réflexe a un nom, en psychologie.
Fight. Flight. Freeze.
Trois réponses connues face au danger.
Il en existe une quatrième.
Moins nommée.
Le fawn. L’apaisement.
Face à une menace, certains ne combattent pas,
ne fuient pas, ne se figent pas.
Ils s’ajustent.
Ils deviennent agréables.
Accommodants. Utiles.
Ce n’est pas un choix.
C’est un réflexe câblé.
Un enfant grandit auprès d’un parent imprévisible.
Colères sans préavis.
Silences qui durent.
L’enfant apprend très vite.
Anticiper l’humeur avant qu’elle n’éclate.
Dire ce qu’il faut dire.
Ne jamais être celui qui pose problème.
Ça marche.
L’orage passe plus vite.
Le cerveau retient la leçon.
Des années plus tard,
il n’y a plus d’orage à éviter.
Plus de parent imprévisible en face.
Juste une amie qui demande un service.
Un collègue qui propose un délai serré.
Un partenaire qui suggère un restaurant qu’on n’aime pas.
Le corps, lui, ne fait pas la différence.
Il scanne. Il s’ajuste. Il dit oui.
Avant même d’avoir consulté ce qu’il ressent vraiment.
Ce n’est pas de la gentillesse spontanée.
C’est une vigilance ancienne, mal éteinte.
Cette vigilance a un prix.
Revenons à l’amie et son déménagement.
Le oui est parti avant la question complète.
Le week-end s’est rempli d’une chose qu’on ne voulait pas faire.
Ce qu’on a évité, ce jour-là, ce n’est pas la corvée.
C’est un visage contrarié.
Et pourtant une phrase qu’on n’a jamais entendue,
mais qu’on a déjà écrite dans sa tête.
« Pour une fois que je te demande quelque chose. »
« Avec toi, c’est toujours pareil. »
« T’es pas généreuse. »
Le corps a réagi à ces phrases-là ou à d’autres.
Des phrases imaginées.
Pas prononcée.
Alors une question, une seule.
Que se passerait-il, si le « NON » sortait vraiment ?
On imagine une amie blessée.
Fâchée, en colère.
Qui ne nous parlera plus.
La réalité est souvent plus simple.
Une amie agacée une minute, qui trouve quelqu’un d’autre.
Ou même pas agacée.
Entre ce qu’on imagine et ce qui arrive vraiment,
l’écart est immense.
Le piège ne tient que parce qu’on ne l’a jamais testé.
« Une fois. »
Avec quelqu’un qui nous aime vraiment.
Poser la limite n’est aucunement un problème.
En osant braver ses peurs.
C’est là, que la trappe cesse de se refermer sur soi.
Et si la colère arrive quand même ?
Une fois, ça arrive.
Un mauvais jour.
Une fatigue.
Un contexte.
Mais si c’est systématique…
Si chaque limite posée déclenche une forte réaction…
Si c’est le cas avec cette personne, pour tout, à chaque fois…
Alors la question change.
Ce n’est plus : ai-je bien fait de dire non ?
C’est : ai-je vraiment ma place, dans cette relation-là ?
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Juste un regard posé, pour respirer, pour souffler. — Cathy Conciatori
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Crédit photo : image générée par l’intelligence artificielle
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