“La corruption est au comble quand le pouvoir anoblit ce qui est vil.” 
— Guillaume-Thomas Raynal (1782)

Une voix venue de Sofia (Bulgarie)

Un podcast. Une voix. Une phrase qui accroche.

Momtchil Milanov parle. Juriste, diplomate bulgare. 
Auteur du Ministère des Rêves paru en France en août 2025, 
aux éditions Les Argonautes. 

Un homme qui a travaillé dans les couloirs du pouvoir à Sofia. 
Qui les a traversés. Qui en est sorti et qui en écrit.

Il dit ceci : “On est arrivé à un niveau d’intolérance à la fois à la corruption 
à grande échelle et à l’incompétence à grande échelle. 
Les deux se nourrissent mutuellement.”

Précis. Glaçant.

Décembre 2024. 
100 000 personnes dans les rues de Sofia. 

Pas pour un parti. 
Pas pour un leader. 
Mais pour dire « ça suffit ». 
Le gouvernement bulgare démissionne onze jours avant Noël. 
Après des années de corruption installée. 
Sept élections en quatre ans. 
Une société qui s’est vidée de ceux qui voulaient encore croire à quelque chose. 
Une grande partie de mes amis ne vivent plus en Bulgarie et ne reviendront pas” 
— ces mots d’une jeune femme de 24 ans, dans la rue, un soir de décembre. 
Une phrase simple. Une blessure.

Une carte du château a cédé.

Milanov précise quelque chose d’important. 
Ces manifestations, les médias les ont attribuées à la GenZ. 
Les jeunes en colère. La génération sacrifiée.

Il corrige : “Ce n’est pas limité à une seule génération. 
C’est un sentiment partagé par la société tout entière.”

Toute la société. Parce que ce qui s’était construit en Bulgarie 
ne touchait pas qu’une tranche d’âge. Ça touchait tout le monde. 
Depuis très longtemps. 

Ce que Milanov décrit n’est pas bulgare. Ce n’est pas balkanique. 
Ce n’est pas une question de culture ou de géographie.

C’est une mécanique universelle. Et terriblement humaine.

Ce système, comment se construit-il ? Comment se nourrit-il ? 
Comment tient-il ? C’est ce que cet article veut décortiquer.

Pas pour accuser. Pas pour pointer des pays ou des sociétés coupables.

Juste pour comprendre. 
Parce que comprendre, c’est déjà refuser de se résigner.

Comment les médiocres montent. Et pourquoi les brillants disparaissent.

On commence par poser une règle. Simple et honnête.
Dans toute organisation, entreprise, administration, institution, 
la règle implicite est celle-ci : si tu fais bien ton travail, tu es promu. 
C’est logique et c’est même rassurant.

Sauf que cette règle contient un piège. Insidieux et mécanique.

Être bon à un poste ne signifie pas être bon au poste d’au-dessus.

Un chirurgien brillant devient chef de service. 
Maintenant il gère des budgets, des conflits d’équipe, 
des réunions administratives. 
Ce sont des compétences entièrement différentes. 
Il était fait pour opérer. Pas pour manager. 
Il devient médiocre dans son nouveau rôle.

Et il reste.

Personne ne le rétrograde. Parce que rétrograder quelqu’un, 
c’est admettre que l’on a mal promu. 
Et aucune hiérarchie n’aime se contredire.

C’est ce que le psychologue canadien Laurence J. Peter a nommé en 1969 : 
le Principe de Peter. 
Dans une hiérarchie, tout employé a tendance à s’élever à son niveau d’incompétence.” 
Et ce que cela implique est net et brutal : 
Avec le temps, tout poste sera occupé par un employé incapable 
d’en assumer la responsabilité.

Pas besoin de mauvaise intention. Pas besoin de complot. 
Le système produit l’incompétence au sommet naturellement. 
Mécaniquement.

Mais ce n’est pas tout.

Il y a un paradoxe que Peter a également observé 
et qui est peut-être le plus révélateur.

Le super-compétent est plus dangereux pour le système 
que l’incompétent.

Parce qu’il voit. Il voit ce qui ne fonctionne pas. 
Il propose. Il va plus vite. Il fait mieux. 
Et ce faisant,  il rend les autres visibles dans leur médiocrité. 
Pas forcément exprès. Mais sa seule présence est une accusation implicite.

Alors le système l’élimine. Pas avec brutalité, mais avec élégance.

On l’isole. 
On ne lui donne pas les ressources pour réussir. 
On sème le doute sur son esprit d’équipe. 
On le fatigue avec des obstacles inutiles.

Il part. Convaincu que le système ne méritait pas son énergie.

Et le système pousse un soupir de soulagement.

Il reste alors en place ceux qui ne voient pas 
ou qui ont appris à ne pas regarder. 
Ceux qui ont compris la règle non écrite. 
La hiérarchie doit se maintenir. Toujours.

C’est là qu’intervient un deuxième mécanisme. 
Plus insidieux encore.

Les psychologues David Dunning et Justin Kruger 
l’ont mis en évidence en 1999. 
Leur point de départ, une histoire vraie. 

Un homme braque deux banques en plein jour. 
À visage découvert. Il s’était enduit le visage de jus de citron, 
convaincu que cela le rendrait invisible aux caméras. 
Confronté aux images, il murmure, sidéré : “Mais je portais le jus.”

Dunning et Kruger posent alors une question simple : 
comment peut-on être aussi confiant dans une idée aussi fausse ?

Leur réponse change tout.

Si nous sommes incompétents dans un domaine, 
nous n’avons pas les outils pour reconnaître notre propre incompétence. 
Ce n’est pas de l’arrogance. Ce n’est pas de la mauvaise foi. 
C’est une impossibilité cognitive.

L’incompétent ne peut pas se voir. Pas parce qu’il refuse. 
Parce qu’il n’en a pas la capacité.

Et pendant ce temps, le compétent, lui, voit tout. 
Il mesure l’étendue de ce qu’il ne sait pas encore. 
Il doute. Il nuance. Il hésite.

Devine lequel des deux parle le plus fort en réunion ?

Devine lequel semble le plus crédible ?

Mets maintenant ces deux mécanismes ensemble. 
L’incompétent monte, Principe de Peter. 
Il ne sait pas qu’il est incompétent, Dunning-Kruger. 
Il prend des décisions avec une confiance totale. 
Il n’écoute pas les alertes. Il ne voit pas les signaux.

Le système devient imperméable à sa propre correction.
Quelqu’un tire la sonnette d’alarme. On l’écoute poliment. 
On le remercie. 
Trois mois plus tard, il est muté. 
L’alarme, elle, est toujours là. 
Personne ne l’entend plus.

Ce modèle n’est aucunement un accident, ni de la malchance. 
C’est une architecture. Construite brique par brique. 
Par des humains. 
Sans qu’aucun d’eux n’ait eu besoin de le décider ensemble.

Comment on entre dans le système. Sans s’en rendre compte.

Personne ne se lève un matin en se disant : 
aujourd’hui, je rejoins le camp de la corruption.

Ça ne fonctionne pas comme ça.
Ça commence différemment. Plus humainement.

Ton supérieur te soumet une note de frais qui ne correspond à rien de réel. 
Tu la valides. Ce n’est pas grand-chose. 
Et il se souviendra que tu n’as pas posé de questions.

Un dossier arrive sur ton bureau. Il contient des irrégularités. 
Tu le vois. Mais on t’a glissé que ce n’est pas le bon moment pour faire des vagues. 
Tu ranges. Tu oublies. Officiellement.

On te propose une promotion. Tu sais que ton collègue était mieux placé. 
Plus compétent. Plus légitime. Tu acceptes quand même. 
Et tu ne poses pas la question qui fâche.

Chaque fois, c’est justifiable. 
Chaque fois, il y a une bonne raison. 
Chaque fois, c’est le prochain petit pas.

Et un jour on se retourne. On est dedans. 
Sans avoir signé quoi que ce soit.

Les chercheurs qui étudient la corruption systémique ont un mot pour ce processus. 
La co-optation. 
Le système ne recrute pas. Il absorbe.

Il le fait selon trois chemins bien distincts.

Il y a celui qui choisit. Il voit le système. Il comprend les règles. 
Il dit oui parce que ça l’arrange. Le poste. Le contrat. La protection. 
C’est le plus visible. 
Mais il est loin d’être le plus nombreux.

Il y a celui qui glisse. Il n’a pas dit oui à la corruption. 
Il a dit oui à une petite faveur. Puis à une autre. Puis à une autre encore. 
La grenouille dans l’eau qui chauffe. Il ne sent pas la température monter. 
Jusqu’au moment où elle a déjà monté.

Il y a celui qui est contraint. Refuser a un coût trop élevé. 
Son poste. Sa famille. Sa sécurité. 
Il a plié. Il se déteste peut-être pour ça. 
Mais le système s’en fiche de ses états d’âme. 
Il a ce qu’il voulait. Son silence.

Trois chemins différents. Une même destination.

Mais le système ne s’arrête pas là. 
Il a besoin de quelque chose de plus solide que des arrangements ponctuels.
Il a besoin de leviers.

Un levier, ce n’est pas forcément spectaculaire. 
Ce n’est pas nécessairement un dossier compromettant dans un coffre-fort. 
C’est souvent bien plus banal.

Tu as accepté une faveur un jour. On le sait. On ne dit rien. Pour l’instant.
Tu as couvert une erreur. Tu as signé quelque chose sans lire. 
Tu as regardé ailleurs au mauvais moment.

Le levier n’a pas besoin d’être utilisé. 
Il suffit que tu saches qu’il existe. 
Que quelqu’un le détient.

À partir de là, tu te disciplines toi-même. 
Tu évites les sujets qui fâchent. 
Tu votes dans le bon sens. 
Tu te tais quand il le faut.

La pression est muette. 
Et la pression muette est la plus efficace qui soit.

Il y a pourtant des gens qui refusent. 
Qui voient le mécanisme. 
Qui disent non.

On les appelle les idéalistes. 
Et le système a pour eux une stratégie particulièrement raffinée.

On ne les frappe pas. 
On les affame.

Leur dossier est toujours en cours d’examen. 
Leur financement n’aboutit jamais. 
On leur confie des responsabilités sans ressources, 
ils échouent, et c’est leur faute. On les isole. 
Leurs collègues apprennent vite qu’il vaut mieux ne pas être vu avec eux. 
On sème une rumeur ici. Un doute là. Il paraît que.

On les surcharge. 
Ils passent leur temps à se défendre, à justifier, à répondre. 
Il ne leur reste plus d’énergie pour construire.

Alors ils partent. Ou ils s’épuisent. Ou ils se taisent.

Et les autres regardent. 
Ils apprennent la leçon sans qu’on la leur enseigne.

C’est là que le piège se referme complètement.
Quand suffisamment de gens sont absorbés, 
quand la corruption est perçue comme la norme, 
refuser devient l’acte étrange. 
L’anormal. Celui qui refuse passe pour un naïf. 
Un idiot. 
Ou pire, une menace.

Le système n’a plus besoin de convaincre personne. 
Il laisse la pression sociale faire le travail. 
Les gens se co-optent mutuellement. 
Sans que personne n’ait donné d’ordre.

Comme une culture bactérienne dans un milieu favorable.

Elle se reproduit toute seule.

Quand les deux systèmes se soudent.

Jusqu’ici on a regardé deux mécanismes séparément.

L’incompétence qui monte. La corruption qui absorbe.

Deux engrenages distincts. Deux logiques propres. 
Deux façons différentes de dégrader une organisation, 
une institution, une société.

Mais il arrive un moment, et c’est là que tout bascule, 
où les deux ne font plus qu’un.

La corruption a un ennemi naturel. Un seul.

Le regard compétent.

Celui qui comprend les chiffres. Qui voit les flux. 
Qui sait exactement ce que devrait coûter un contrat, 
et ce qu’il coûte vraiment. 
Qui pose les bonnes questions au bon moment.

Ce regard-là est mortel pour la corruption.

Alors elle fait quelque chose de très simple. 
Elle organise l’incompétence autour d’elle.

Elle promeut des gens loyaux, pas des gens brillants. 
Elle place aux postes de contrôle des gens qui ne 
savent pas vraiment contrôler. 
Elle remplit les commissions de surveillance avec des gens 
qui ne comprennent pas ce qu’ils surveillent.

Un incompétent à un poste de contrôle, c’est une assurance. 
Il ne verra pas. 
Ou s’il voit, il ne comprendra pas. 
Ou s’il comprend, il ne saura pas comment agir.

L’incompétence n’est pas un bug du système corrompu. 
C’est une fonctionnalité.

Mais l’incompétent au pouvoir a lui aussi un problème.

Il doit livrer des résultats. 
Sans avoir les outils pour le faire proprement.

Alors il compense. Il contourne. 
Il achète ce qu’il ne peut pas produire.

Un contrat mal négocié, on le cache avec un fournisseur complaisant. 
Une décision désastreuse, on la noie dans des chiffres arrangés. 
Un projet raté, on trouve un bouc émissaire plus bas dans la hiérarchie.

Et pour tout ça, il a besoin de gens qui ferment les yeux. 
Qui valident. Qui signent sans lire.

Il a besoin du réseau corrompu.

L’incompétence génère de la corruption comme mécanisme de survie. 
Pas par choix moral, mais par nécessité pratique.

C’est là que la soudure se fait.

Le corrompu a besoin que l’incompétent reste en place, 
parce qu’un compétent le verrait.

L’incompétent a besoin que le corrompu reste en place, 
parce que le corrompu couvre ses erreurs.

Ils ne se sont pas concertés. 
Ils n’ont pas signé d’accord. 
Ils n’ont peut-être jamais eu une seule 
conversation franche sur ce qui les lie.

Mais ils ont des intérêts parfaitement alignés.

Et cet alignement, c’est plus solide que n’importe quel contrat.

Ce que ça produit, on le voit partout. 
Dans les entreprises. 
Dans les administrations. 
Dans les gouvernements.

Les réunions durent longtemps et ne décident rien. 
Décider, c’est être visible. 
Être visible, c’est risquer d’être responsable.

Les rapports sont produits mais pas lus. 
Lire, c’est savoir. 
Savoir, c’est être obligé d’agir.

Les alertes arrivent mais ne remontent pas. 
Celui qui reçoit l’alerte sait ce que ça lui coûterait de la transmettre. 
Alors il la met dans un tiroir.

Les bons partent. Les médiocres restent. 
Pas parce que personne ne voit la différence. 
Parce que les bons sont inconfortables. 
Et les médiocres, rassurants.

Et tout le monde dit que ça va. 
Jusqu’au jour où ça ne va plus du tout.

Sofia. Décembre 2024. 
100 000 personnes dans la rue.

Pas pour un budget. 
Mais pour dire : « ça suffit ».

Après des années de corruption installée. 
De postes occupés par des loyaux plutôt que des compétents. 
De regards détournés. 
De tiroirs pleins de dossiers jamais rouverts.

Une carte du château a cédé.

Parce que c’est ça, la dernière vérité de ce système.
Il tient. Il tient très longtemps. 
Parce que chaque pièce s’appuie sur les autres. 
Parce que personne ne bouge, bouger ferait tout trembler. 
Parce que la résignation finit par ressembler à de la stabilité.

Jusqu’au moment où le poids devient trop grand.

Alors tout s’effondre. D’un coup.

Et tout le monde dit qu’on ne l’avait pas vu venir.

Mais tout le monde savait.

Ce n’est pas une question d’intelligence. C’est une question de courage.

On a décortiqué le mécanisme.

On a vu comment l’incompétence monte. 
Comment la corruption absorbe. 
Comment les deux se soudent. 
Comment le système se rend imperméable à sa propre correction.

Et maintenant la question qui reste. 
La seule qui compte vraiment.

Comment est-ce que ça s’arrête ?

Pas par un rapport de plus. 
Pas par une commission d’enquête. 
Pas par une loi nouvelle votée par ceux-là mêmes 
qui ont intérêt à ce que rien ne change.

Ce système ne tombe pas par l’intelligence. 
Il est déjà entouré d’intelligences, qui se taisent.
Il tombe par le courage.

Ce système, on l’a vu. 
Il ne fonctionne pas d’abord sur la force. 
Il fonctionne sur la peur.

Peur de perdre la face. 
Peur d’être exclu. 
Peur du regard des autres. 
Peur de perdre ce qu’on a, même quand ce 
qu’on a ne vaut plus grand-chose.

Cette peur est universelle. 
Elle ne connaît pas de frontières, 
pas de cultures, pas de générations. 
Elle opère dans une cour d’école 
comme dans un parlement. 
À la même façon. Avec la même efficacité.

Et c’est précisément pour ça que le courage est si rare. 
Et si précieux.

Parce que être courageux, ce n’est pas ne pas avoir peur.

C’est décider que le coût de rester est plus élevé que le coût de partir. 
Que le coût de se taire est plus lourd que le coût de parler. 
Que vivre plié coûte plus cher que vivre debout, quoi qu’il en coûte.

Oser. Le mot paraît simple. 
Il ne l’est pas.

Oser, c’est nommer ce que tout le monde voit et que personne ne dit. 
C’est poser la question qui fâche dans la réunion où tout le monde sourit. 
C’est refuser de valider ce qu’on sait être faux. 
C’est rester droit quand le système entier te pousse à plier.

C’est tirer sur un fil. Un seul. Le sien.

Et parfois, ce fil suffit à faire vaciller le château de cartes.

Pas forcément toujours. 
Pas forcément immédiatement. 
Et pas sans douleur.

Mais le système qui semblait inébranlable, 
il a une fragilité fondamentale. 
Il est construit sur le silence de chacun. 
Le jour où quelqu’un parle, vraiment, ce silence se fissure. 

Et les fissures ont une façon de se propager.
Mais le courage solitaire a ses limites.

Un homme ou une femme seul, le système sait le gérer. 
Il l’isole. Il le fatigue. Il le discrédite. Il attend qu’il s’épuise.

C’est pour ça que la rencontre entre courageux est peut-être 
la chose la plus subversive qui existe.

Deux personnes qui décident de ne plus se taire, ensemble. 
Trois. Cinq. Dix.

Qui se trouvent. Qui se reconnaissent. 
Qui se disent, toi aussi tu vois ce que je vois.

Ce n’est plus un individu isolé que le système peut neutraliser. 
C’est un tissu. Un réseau de gens qui ont choisi la même chose. 
Qui se tiennent. Qui ne lâchent pas quand l’un d’eux vacille.

L’histoire est pleine de ces moments. Discrets ou éclatants. 
Une salle de réunion où trois personnes refusent de signer. 
Un couloir où quelqu’un glisse un document à quelqu’un d’autre, 
des chiffres qui ne devraient pas exister, des preuves 
que personne n’était censé voir.
Une place publique où cent mille personnes réalisent 
qu’elles pensaient toutes la même chose, depuis longtemps, 
sans penser être aussi nombreuses.

Sofia. Décembre 2024. Encore.
Pas une génération. Pas un parti. 
Une société entière qui s’est reconnue dans la rue.

Ce système, corruption et incompétence entrelacées 
est construit par des humains. 
Pas par le destin. Pas par la fatalité. 
Par des humains qui ont fait des choix. 
Petits et grands. Un pas après l’autre.

Ce qui est construit par des humains peut être déconstruit par des humains.

Pas facilement. Pas rapidement. Et non sans pertes.

Mais ça commence toujours au même endroit.

Quelqu’un décide que ça suffit.
Quelqu’un ose.
Et quelque part, un autre courageux reconnaît ce geste. 
Et se lève à son tour.

C’est peut-être ça, la seule utopie qui ne soit pas naïve. 
Pas un système parfait. Pas une société sans failles.

Juste des gens qui choisissent de rester debout. 
Ensemble. Quoi qu’il en coûte.

Cet article n’est pas un article politique. 
Il ne cite pas de pays ni de sociétés coupables.

Il est un article sur le fonctionnement de l’humain, 
dans le système qu’il a lui-même créé. 
Sur ce qui le fait plier. Sur ce qui le fait tenir. 
Sur ce qui, parfois, le fait se lever.

Juste un regard posé, pour respirer, pour souffler. — Cathy Conciatori
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Crédit photo : image générée par l’intelligence artificielle

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